Polikarpov I-16 type 28

Par Serge Millot

 

Informations :

Echelle :

1/32
Marque : Special Hobby type 10 / 17
Type : plastique injecté et résine
Lignes de structures : en creux

Préambule :

Au 1/32, sous les labels Azur et Special Hobby, le petit I-16 est décliné en trois versions et dans trois boîtages différents : types 10, 10/17 et 24, offrant aux " aficionados de la transformation " de multiples possibilités d'exercer leurs talents.
Pour les curieux qui préfèrent " monter comme dans la boîte " le petit " Ishak " est réellement intéressant car il offre une grande variété de possibilités de décorations en fonction des pays qui l'ont utilisé.
En ce qui concerne notre boîte, le moulage en plastique injecté " short run " gris clair et tendre est identique au type 10 de Azur ; il comprend les mêmes 52 pièces de base auxquels s'ajoutent 21 éléments complémentaires pour la réalisation d'un avion pourvu de skis.
On y retrouve le beau pare brise en plastique injecté, les 13 petites pièces en résine concernant les pipes d'échappement et le collimateur en deux exemplaires, ainsi que la photodécoupe avec harnais et boucleries. La planche de décals est d'excellente qualité, toutefois les motifs imprimés nécessiteront un léger détourage. Elle permet un choix entre trois appareils aux couleurs soviétiques dont deux type 17 à roues et un type 10 muni de skis.
Le montage est sans surprise et convient parfaitement aux débutants.
Enfin, les petites dimensions de la maquette lui permettent de se glisser sans encombre sur les étagères déjà chargées !
Une réplique simple, juste, réussie et recommandée.

Petit rappel historique :

Pour les généralités concernant le I-16, merci de vous reporter à l'étude réalisée sur le type 5 Finnois proposé par ailleurs.

En ce qui concerne le type 28 objet de notre conversion, il s'agit d'une version spécifique dérivée du type 27 muni du moteur M63 et qui bénéficiait de toutes les améliorations portées au type 24 (ouf ! à ce niveau je conseille fortement à ceux que l'avion intéresse de consulter les ouvrages de référence parce que le nombre de versions réalisées et les interférences croisées ne facilitent pas la compréhension).
Le type 28 date de 1939. Il pesait 1403 kg à vide et 1988 kg à charge. Sa vitesse au niveau de la mer était de 427 km/h. Avec 149 km/h affichés, et malgré la présence de volets hypersustentateurs, sa vitesse d'atterrissage était élevée. Il décollait en 210 m et se posait sur 240. L'armement était constitué des deux mitrailleuses de capot 2 ShKAS, mais celles présentes dans les ailes sur la plupart des autres versions, étaient remplacées par deux canons ShVAK de 20 mm, ce qui augmentait le nombre de trappes de visite et de chargement.
Il disposait de réservoirs auto obturants et la protection du pilote était accrue par des plaques de blindage dont une dorsale de 8 mm d'épaisseur. En outre il emportait 6 roquettes RS et des réservoirs supplémentaires largables.
Les I-16 de type 28 ont été fabriqués en quantité limitée et principalement utilisés comme avion d'attaque en appui des troupes au sol jusqu'à l'arrivée des " Schtormoviks " conçus spécialement pour l'assaut.

Montage et modifications :

Pour obtenir un type 28, la base la plus proche est certainement le type 24 de Special Hobby. Mais, en ce qui concerne mon travail, il est apparu trop tardivement sur le marché pour que je puisse l'utiliser.
C'est donc à partir de la boîte concernant les versions 10/17 du même fabricant que j'ai opéré ma conversion qui s'est effectuée sans problème particulier. Pour ceux que l'aventure tente, il faudra se munir d'une bonne documentation (voir l'étude du I-16 type 5 Finlandais) et se préparer à " manier la chirurgie ".

Les canons de la boîte sont de piètre facture et j'y ai substitué des sections de micro tube. J'ai voulu en représenter un complet qui comprend un fût taillé dans une section de tube alu creux, une culasse en styrène et un canon en micro tube de section adéquate. J'ai du le prévoir en deux parties afin de parvenir à le positionner dans son logement d'aile.


J'ai découpé la trappe d'accès supérieure au canon de l'aile droite et aménagé les parois au vue des photos disponibles. Des deux côtés, j'ai représenté les deux trappes supplémentaires qui permettaient l'accès aux munitions. Le long tube de pitot du kit est remplacé par du micro tube.


L'aménagement du fuselage est presque identique au type 10, et pour les détails, on se reportera à l'étude du type 5 Finlandais déjà cité. J'ai utilisé le set de feu " Contact Résine " qui proposait un plancher conforme, muni d'un siège avec dossier et appui tête d'excellente facture.

L'accès à l'habitacle se voit doté d'une deuxième porte basculante placée à droite. On distingue bien le dispositif additionnel d'attache des sangles du siège, la caméra cinémitrailleuse, le bourrelet de protection en cuir, réalisé en bi-composant " Andréa Sculpt " et les deux orifices circulaires (sur lesquels seront ajoutés des pièces de rhodoïd transparent) permettant un surcroît de lumière sur les cadrans du tableau de bord très enfoncé dans la carlingue.

Sur le même côté, à l'arrière du fuselage une trappe d'accès à l'équipement radio électrique de bord et à la trousse de premier secours est découpée. La radio, librement inspirée d'une mauvaise photo d'époque, sera réalisée en scratch. Une caméra couplée à l'armement de bord est fixée sur le sommet du fuselage, juste derrière le poste de pilotage.

Cette photo permet de visualiser quelques unes des modifications nécessaires à l'obtention d'un type 28. On remarque les compensateurs ajoutés sur les ailerons, les vis de fixation des capots en relief, les trappes de visite, le venturi et l'usage du mastic au niveau des raccords karman.

En intrados, la charge offensive était constituée de roquettes RS au nombre de 3 par aile. En outre, afin d'augmenter le rayon d'action deux bidons externes (largables ou fixes suivant les cas) étaient emportés.
Les fusées dégageaient beaucoup de chaleur et afin d'épargner les structures de l'aile et de l'aileron, des plaques de protection en duralumin étaient ajoutées. Sur mon modèle, elles sont représentées avec des rectangles d'aluminium auto collant.

Les rails de support et les charges offensives ont été récupérés dans le kit Trumpeter du Mig 3. Noter les lignes de rivets sur les plaques aluminium.

Les photos d'époque montrant les volets en position abaissée sont très rares (je n'en ai trouvé que 3 dont l'une concernant un UTI bi place). Malgré ce, j'ai opté pour cette représentation qui dynamise un peu le modèle.
A cette fin, les volets suggérés en intrados sont découpés et écartés. Les lèvres sont affinées puis une feuille de styrène est positionnée en face interne. L'emplacement des raidisseurs est matérialisé puis ceux-ci sont découpés dans du " plasticard " fin et collés en place. L'opération sera reproduite en face interne des deux volets, une fois ceux-ci réalisés. L'opération de mise en forme de ces pièces a été délicate car les nouveaux volets présentent deux courbes inverses que je finirai par obtenir à chaud dans de la feuille de plastique, et après moult essais.

Bien que fort peu représentés dans cette position, les volets abaissés dynamisent un peu ce " petit âne" (en Russe " Ishak ", nom affectueusement et officiellement attribué à l'avion, et pourtant peu connu : les désignations de " Mosca et Rata ", issues de la Guerre d'Espagne, sont plus répandues !).


Une prise d'air spécifique est à ajouter en face avant supérieure de l'anneau circulaire du moteur et une deuxième, plus longue, sera créée en face inférieure, jusqu'au droit de l'emplanture des ailes. La première est réalisée dans un morceau de plaque offset mise en forme et collée à la cyano.
Celle d'intrados (qui apparut avec l'augmentation du réservoir d'huile porté à 120 l.) est réalisée en carte plastique fine. Au vue des photos d'époque, quelques durits d'évacuation sont positionnées de part et d'autre des logements de train au sein desquels deux ouvertures sont pratiquées afin d'y inclure du rhodoïd (ces fenêtres permettaient au pilote de s'assurer de la complète rétraction du train d'atterrissage qui nécessitait 47 tours de manivelle !).

Prises d'air supérieure et inférieure, durits et aménagements dans les cloisons de train d'atterrissage.

Trois types de réservoir supplémentaires ont été essayés sur diverses versions de I -16 : un central fixé sous le fuselage, deux fixes intégrant une partie de l'extrados des ailes et enfin deux largables de type " goutte d'eau ".
Ce sont ces derniers, issus d'un P38 au 1/72 et dénichés dans les " tiroirs à rabiot " qui, après quelques modifications, ont fait l'affaire !


Pour revenir au fuselage, j'ai également tenté d'améliorer les éléments en relief qui couvrent les culasses des mitrailleuses de capot ainsi que les panneaux adjacents. La plaque métallique fine utilisée en offset m'a permis de re conditionner ces pièces avec un certain succès car le résultat me semble particulièrement parlant.

Surmoulés sur les pièces du kit, les éléments obtenus sont délicatement découpés puis fixés en place à la cyanolite. L'effet final est très séduisant !


A partir du type 17, les logements de train avaient été modifiés afin de recevoir des patins rétractables et l'effet fut rétroactif pour bon nombre de type 10. Cette option est offerte par le fabricant avec l'abandon de la pièce n°B1 et des roues associées et le choix de la grappe D1. Toutefois, la mise en place des skis est insuffisante car il manque les vérins et leurs jambes de force ainsi que quelques éléments complémentaires tels que des écrous ou les câbles de commande et de rappel qui devront être réalisés en scratch. Les protections et pantalons du kit sont trop épais ; ils sont avantageusement remplacés par d'autres retaillés dans la fine plaque offset qui me rend de singuliers services et à maintes occasions.

Profil nu des jambes de train avec skis mais démunies de leurs pantalons : on remarque la courbure non conforme des tirants du train droit que je remplacerai par des micro tubes rigides. Totalement oubliés par le fabricant, les vérins, leurs purges et leurs bras de force respectifs, ont été réalisés en scratch.

Les gouvernes de profondeur et de direction sont également issues d'un des sets en résine réalisé par feu Contact Résine.

Choix de l'avion :

Comme à l'accoutumé, j'ai recherché un avion dont le marquage ne fait pas l'objet d'une diffusion commerciale.
Comme, en outre, j'avais l'idée d'une représentation en livrée hivernale (d'où la présence des skis), mon choix s'est arrêté sur un rare type 28 d'attaque au sol qui fut utilisé au sein du 13 IAP de la Flotte de la Baltique, notamment par le pilote Pietr Binko lors de son passage à Hankö en territoire Finlandais. Je l'ai représenté sur une petite saynette enneigée avec son revêtement provisoire lavable blanc et fort délavé, lors de la campagne d'hiver en mars 1941.

Mise en peinture :

Afin d'obtenir cette robe blanche très éprouvée par l'utilisation importante de l'avion, j'ai procédé en 6 étapes distinctes.
Les pigments sont des mélanges obtenus à partir des teintes Enamel de Humbrol.

1- J'ai d'abord entièrement peint l'avion avec un apprêt mat vert olive foncé pour les surfaces supérieures et les flancs et gris vert pale pour l'intrados. Ce premier passage permet de visualiser tous les petits défauts inaperçus et d'y remédier.


2 - Après un léger ponçage à la paille de fer fine d'ébénisterie, j'ai appliqué le camouflage originel " d'été " constitué de vert foncé avec, éventuellement, des zones d'ombrage plus appuyés ; puis la totalité de l'avion a été recouvert d'un voile de vernis brillant.


3 - Dans du film transparent à faible adhérence, j'ai découpé puis mis en place les pochoirs correspondants aux chiffres désirés. Après trois passages distincts de voile rouge sombre séparés par le temps nécessaire au séchage (la couleur est peu couvrante et il faut prendre garde à ne pas insister afin d'éviter les surépaisseurs et les débordements sous jacents), j'ai retiré les pochoirs puis me suis intéressé aux étoiles rouges fournies sur la planche de décal du kit et qui font parfaitement mon affaire. Une fois détourées au plus près, elles ont été apposées aux 6 endroits habituels à l'aide d'un peu d'assouplissant.

4 - Après deux jours de repos/séchage, une seconde couche de vernis brillant bien dilué a été passée sur l'ensemble du modèle, puis un léger ponçage complémentaire a réduit à néant les quelques défauts encore apparents.



Cette phase étant achevée, je me suis consacré à la réalisation du camouflage hivernal et à ses effets induits.

5 - Sans état d'âme, toutes les surfaces en extrados reçoivent un voile blanc extra mat, bien dilué avec de l'essence F, en 3 couches croisées.

6 - Avant séchage complet, les marquages doivent réapparaître.
A cette fin, l'utilisation de white spirit sur coton tige, papier mouchoir et brosse plate fine va s'avérer laborieuse et délicate, mais le jeu en vaut la chandelle car au final, l'effet escompté est atteint et offre à la réplique " une touche certaine de réalisme " assez proche de ce qu'on peut observer sur les documents d'époque.
Sur les zones à forts facteurs de charge, celles où la fréquentation ou le piétinement sont réguliers (accès trappes, armement, capots, raccords karman…), la teinte originelle doit réapparaître. Il restera à finaliser les discrètes traces de salissures aux sorties des pots d'échappement.
La casserole et aussi recouverte de blanc écaillé et l'hélice, blanche également, est maculée de traces d'huile. Seuls les montants du pare brise découpés dans des bandes d'alu autocollant puis peint en vert ont échappés à la couverture d'hiver.




Le diorama :

La saynette représente l'avion sur une étendue neigeuse, avec deux figurines, un arbre et un buisson.
Le socle est découpé dans un morceau de polystyrène compressé que j'ai pris soin d'enduire de durcisseur puis de plâtre fin. Une fois bien sec, je l'ai peint en blanc mat. L'arbre est issu d'éléments de décor ferroviaire et le buisson a été obtenu avec un peu de lichen séché. Les figurines au 1/35 sont matérialisées à partir de divers éléments fortement modifiés. Le mécanicien qui tend les gants au pilote est à l'origine un gendarme Allemand. Le pilote est un tankiste issu du set Ukrainien " Mini Art ". Le parachute est réalisé à partir de " plasticard ", les sangles sont découpées dans des bandes de couvercle de pot de yaourt, les boucleries récupérées dans des éléments de photodécoupe et les lunettes formées sur des morceaux de plaque offset. La carte est scannée puis réduite et imprimée.
La neige est obtenue grâce au set n° 99001 produit par le fabricant Héraultais Signifer, que je recommande vivement pour sa facilité d'utilisation et la variété des effets possibles.
Voilà une attachante présentation d'un " petit âne " blanc qui s'apprête à partir en mission !



Serge MILLOT.